Il existe aujourd’hui en France une offre encore très contrastée pour l’accompagnement des adultes autistes vieillissants. Le maillage territorial, l’accessibilité et l’adéquation des réponses sont loin de répondre à tous les besoins. Cependant, des solutions complémentaires au domicile individuel émergent et méritent d’être détaillées.
1. Les établissements médico-sociaux spécialisés
Ils constituent la réponse « traditionnelle » au vieillissement des personnes en situation de handicap. Parmi eux :
-
Foyers d’Accueil Médicalisé (FAM) : ouverts aux personnes nécessitant un accompagnement quotidien et des soins réguliers, ils prennent en charge les adultes autistes avec des troubles associés lourds. Mais ils restent trop rares spécifiquement dédiés à l’autisme et à l’avancée en âge (Gouvernement.fr).
-
Maisons d’Accueil Spécialisées (MAS) : elles s’adressent principalement aux personnes les plus dépendantes. L’accès y reste limité : en France, seules 7 % des places en MAS sont occupées par des personnes avec un diagnostic d’autisme reconnu (Source : CNSA, 2018).
-
Foyers de vie : adaptés à des personnes relativement autonomes mais qui ne peuvent vivre seules. Toutefois, ils demeurent peu spécialisés sur la question de l’autisme et du vieillissement.
Points clés :
- Longs délais d’attente
- Manque d’adaptation à la spécificité autistique, surtout chez les plus de 60 ans
- Peu de projets individualisés, risque d’isolement social ou de perte d’autonomie en cas de mauvais ajustement
2. L’habitat inclusif, une alternative en développement
L’habitat inclusif change la donne. Il s’appuie sur la vie en collectif tout en valorisant l’autonomie et l’intégration sociale. Concrètement, il s’agit d’appartements regroupés ou de petites résidences, intégrées à la vie locale. Les solutions d’habitat inclusif dédiées à l’avancée en âge ou au handicap sont soutenues depuis 2015 par le gouvernement dans le cadre de la loi ASV (CNSA).
Caractéristiques de l’habitat inclusif :
- Soutien à la vie quotidienne par des professionnels : coordination du quotidien, médiation, aide administrative, encadrement des activités (projet de vie sociale à la clé).
- Participation active des personnes à la vie du lieu
- Montant mensuel de l’aide à la vie partagée : jusqu’à 900 € par personne en fonction du projet et du département (source : CNSA, 2022).
- Cadre souple, non médicalisé : chacun a son espace personnel et choisit ses temps collectifs.
En Occitanie, de premiers projets émergent : à Toulouse, la résidence « Les Amarantes » accueille des adultes autistes dans une ambiance familiale et évolutive. Le modèle reste jeune et demande à être pérennisé, mais il est plébiscité pour sa flexibilité et son éthique.
3. La colocation accompagnée : partager sans imposer
Inspirée de pratiques existantes en Allemagne et en Belgique, la colocation accompagnée permet de mutualiser l’accompagnement professionnel et de rompre l’isolement. Elle répond particulièrement au besoin de sécurisation nocturne ou à la crainte de la solitude extrême.
- Modalités : plusieurs adultes autistes (souvent entre 3 et 5) louent ou achètent un logement, parfois adossé à une structure associative qui organise une présence d’intervenants quelques heures par jour.
- Bénéfices : sentiment de communauté, entraide, sécurité, souplesse dans l’accompagnement.
- Limites: fragile sans encadrement extérieur solide, nécessité d’un bon « matching » des profils et des attentes de chacun.
Très peu répandue en France, cette alternative gagne toutefois des adeptes, en particulier parmi les familles et associations souhaitant garder la main sur le projet de vie. Des collectifs comme « Habitat et Humanisme » organisent des colocations intergénérationnelles qui intègrent parfois des séniors autistes, avec des résultats encourageants (voir rapport Fondation de France 2022).